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degats mortels du seisme Boumerdes et responsabilité


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Posté par ELKHIYAL Trouvé sur un site DZ

Mercredi 18 juillet 2007 -- Poursuivant les débats sur des destructions survenues dans les 252 logements appartenant à l’EPLF, le tribunal de Boumerdès a entendu durant la séance de l’après-midi du sixième jour de ce procès sur les conséquences du séisme de Boumerdès, les conclusions de la commission ministérielle.

Selon le porte-parole de cette instance, les destructions, notamment les bâtiments 10 et 11 où ont été recensées les victimes (10), ont été causées par le mauvais ferraillage des poteaux pour lequel des réserves auraient été formulées par le CTC. Les mêmes réserves, selon la commission, n’ont pas été levées au sujet d’un mur de périphérie. Pour la commission, ce chantier est resté longtemps à l’arrêt. Emboîtant le pas à la commission ministérielle, l’expert désigné en 2005 par le juge d’instruction pour répondre à un certain nombre de questions, estime de son côté que l’étude du sol et les fondations ne présentent pas d’anomalies. Il met cependant en cause la qualité des bétons et accuse le bureau de négligence.

A noter que les expertises des deux parties ne concordent pas comme, par ailleurs, elles ne portent pas sur des faits graves En fin de séance de lundi, le tribunal a examiné le cas des 10 logements construits pour l’EPLF à Sidi-Daoud. Dans ce dossier pour lequel l’on pourrait considérer Selkim Mohamed P-dg de l’EPLF, le maître de l’ouvrage des 10 habitations comme étant totalement responsable des points de vue civil et pénal de ce projet puisque celui-ci est récent. L’accusé s’en sort indemne de toute accusation du fait que le tribunal a estimé que les habitations ont été construites selon les normes. D’ailleurs, d’aucuns s’interrogent sur le pourquoi de l’inscription de ce site dans la liste du tribunal.

Le DG du CTC, juge et partie

Pour revenir à notre rapide entretien avec maître Benbraham qui a longtemps questionné l’ancien directeur de l’agence CTC de Boumerdès devant le juge en qualité de simple témoin sur les missions du CTC, l’avocate nie que son client ait reçu les 64 logements qui auraient été établis lors du suivi des travaux des 252 logements. C’est, d’après elle, contraire au contrat convenu entre le CTC et l’entreprise de son client. Par la suite, notre interlocutrice pose le problème de la relation contractuelle entre ces deux partenaires.

D’après elle, le promoteur a fait confiance à son partenaire pour suivre par sa délégation les travaux de réalisation “A-t-il fait son travail ?” Elle insinue par là que cette relation contractuelle a été amputée d’une obligation et tente de mettre à nu le décalage entre la vocation déclarée du CTC et la réalité sur le terrain “le représentant du CTC dira, et son ancien directeur l’a clamé devant le tribunal : “Mon problème est celui se rapportant exclusivement à la fonction de conseil de police d’assurance.” En clair, le CTC, institution publique de contrôle de construction n’a en réalité que la fonction commerciale.

Plus loin, maître Benbraham pose le problème de certificat de conformité “ce document est établi sur la base de tous les documents surtout ceux relatifs au contrôle inhérent au chantier, même cas figure, le CTC dira que son problème concerne la police d’assurance”. Poussant le bouchon plus loin elle assène : “L’EPLF et le CTC font partie de la même tutelle ; le ministère de l’Habitat. Si malfaçon il y a, pourquoi le CTC n’a pas alerté sa tutelle ? Sinon ce ministère aurait-il fermé les yeux sur la sécurité des citoyens ?”

Pour rappel, l’OPGI qui est impliqué dans les destructions de 7 projets dans la wilaya de Boumerdès et qui voit son DG et un cadre de cet office accusés pour les mêmes chefs d’inculpation que les 36 autres accusés, en fait également du même ministère que le CTC et l’EPLF. A la question sur la présence du DG du CTC au sein des commissions ministérielles, l’avocate s’est interrogée : “Peut-on être juge et partie ?” Pour rappel, le CTC est mis en cause dans ce procès et ce, à la suite de l’inculpation de plusieurs de ses cadres.

Les 60 logements SNTF

Le tribunal a abordé la troisième partie de ce procès qui concerne les 60 logements résidentiels des cheminots dans la commune de Corso. Dans cette cité, 49 victimes ont été malheureusement déplorées. Les trois bâtisses dont le maître de l’ouvrage est la société immobilière Immo/SNTF dont le premier responsable Mouldi Ziadi se trouve au box des accusés, se sont effondrées le jour du séisme laissant ce lourd bilan.

Les débats, toujours en cours lors de notre mise en page de notre compte rendu, font apparaître quelques insuffisances. Celles-ci ne font pas ressortir, à mi-chemin de l’audience, de manière claire l’accusation adressée aux 4 inculpés. Le tribunal débat toujours des responsabilités des accusés. Il a été question de mauvaise ferraille et du contrôle des bétons. Ce que réfute l’entrepreneur, Yasri Mehenni, qui affirme avoir construit les trois bâtiments selon les normes en vigueur alors. Pour ces bâtiments situés à 15 mètres de la voie ferrée de la gare de Corso, distance réglementaire, dit-on, le CTC aurait, selon l’ingénieur préconisé la construction d’un voile en béton pour absorber les vibrations. Chose qui n’a pas été appliquée.

A la question du président sur la qualité de l’étude du sol, les experts du ministère se sont enchevêtrés dans des tentatives d’explication scientifiques devant un auditoire qui ne maîtrise pas le domaine. Toujours d’après les experts du ministère “l’accélération et la violence du séisme qui étaient supérieures de 3 à 4 fois les normes préconisées pour la région ont été déterminantes dans l’ampleur des dégâts”. Il insinue par ailleurs que la mauvaise conception des normes parasismiques a contribué à la catastrophe. Les experts étaient soumis aux questions de la défense.

Le drame des 1 200 logements plane

La question récurrente, que posent bon nombre de citoyens en ville ou qui assistent à ce procès et dont personne, n’a pas pour l’heure de réponse concernant le site des 1200 logements. Effectivement, aucune poursuite n’a été enclenchée pour les destructions et surtout le nombre effarant de victimes dénombrées dans cette cité. Dans cet ensemble de logements, 1406 en réalité, les premiers il est vrai à voir le jour dans l’ex-Rocher noir, habitaient ce que l’on pouvait considérer comme l’élite régionale et locale.

Des enseignants des ex-institutions de formation ( INH, INIL, IAP,…) des cadres supérieurs de Sonatrach et des chercheurs de laboratoires de certaines ex-sociétés nationales qui y avaient installé le laboratoire. Le 21 mai 2003, ce fut un drame terrible. Plus de 14 bâtiments se sont effondrés. Les pertes humaines dépassaient les 600. C’est le quartier le plus touché de la wilaya de Boumerdès. Dès lors, la question citoyenne est formulée ainsi : pourquoi personne n’est poursuivi, pour ce drame ? Certains invoquent la fin du délai de prescription qui est, dit-on, de 10 ans dans le secteur de la construction. Or, il semblerait que des accusés, comme nous l’a confié, M. Henni Adda Kamel, DG de l’OPGI, inculpés dans 7 sites, sont poursuivis pour des destructions de logements réceptionnés en 1988. C’est-à-dire 19 ans. La question reste posée.

Mercredi 18 juillet 2007 -- Huitième jour. Le procès du séisme de Boumerdès a débuté hier par la présentation du fameux projet des 60 logements de Cosro où 49 personnes sont mortes suite à l’effondrement de cette structure. C’est l’unique site où les secours sont restés près de 3 mois pour retirer des décombres l’ensemble des victimes.

Le procureur de la République, M. Belhadj, a saisi l’occasion de ce procès pour dire que les dalles des bâtisses qui composent ce site sont tombées l’une sur l’autre comme un château de cartes. Comme pour montrer qu’il y a réellement une mauvaise conception dans la réalisation de ce projet de la SNTF, situé justement à quelques mètres de la voie ferrée, juste derrière la gare ferroviaire de Corso.

Ce procès semble entièrement réservé à la partie technique, puisque les personnes qui se sont succédé à la barre sont notamment des responsables de bureaux d’études, responsables de structures techniques de l’entreprise, ainsi que de techniciens du CTC.

Dans cette affaire, le directeur du CTC a rejeté la balle sur la section technique qui avait à sa charge le suivi du projet. Alors que M. Serkist, appelé à la barre, a clamé son innocence, disant que sa mission de suivi a été réalisée dans les normes et toutes les anomalies relevées ont été communiquées à la partie concernée.

Questionné sur la nature de ces réserves, M. Serkist a répondu au président du tribunal que c’est uniquement un problème d’étanchéité. Le magistrat, scandalisé par cette réponse furtive, répliqua par dire qu’il y a un problème de fondation, de mauvais sol ou encore du mur de soutènement.

Ce dernier, qui a été proposé par le techniciens du CTC lors d’un contrôle effectué sur les lieux durant les travaux de réalisation du projet. Appelé à la barre, ce technicien a expliqué à l’assistance qu’il avait constaté que les bâtisses vibraient à chaque passage de train.

C’est ce qui a motivé sa demande de réalisation du fameux mur jamais construit ? demanda le président. Aucune réponse n’a été donnée à la justice à ce point noir. Cependant, les experts, ayant établi leur rapport d’expertise après le séisme, ont constaté des insuffisances dans les normes de construction, la faiblesse des matériaux ou encore la mauvaise étude du sol.

Il demeure que la majorité des P.-V. de réalisation et de réception du site n’ont pas été trouvés à ce jour. C’est pourquoi, explique au tribunal un des experts qui ce sont succédé à la barre, que les notes de calcul du projet n’ont pas été retrouvées.

La seule note qui existe est écrite manuellement et incomplète, tient à souligner l’expert. En l’absence de ces notes de calcul, aucune expertise ne peut être établie sur ce projet. Le procureur, de son côté, s’interroge sur les normes de construction de ce projet.

S’adressant aux experts qui se trouvaient face à la barre pour savoir ces bâtisses seraient-elles effondrées ainsi l’une sur l’autre si les normes de construction avaient été respectées, les réponses des experts sont confuses, puisque le premier avait dit probablement non, et le deuxième probablement oui… Le procès se poursuivra aujourd’hui et durera probablement jusqu’à la fin de la semaine prochaine.

Puisque d’autres affaires seront programmées, jeudi, samedi et dimanche prochains.

Jeudi 19 juillet 2007 -- «L’effondrement des bâtiments n’est pas dû seulement à la force du séisme mais aussi à d’autres facteurs qui ont amplifié la fragilité des constructions», soutient le directeur général du Centre de recherche en astronomie, astrophysique et géophysique (CRRAG), M. Yelles Chaouch Abdelkrim, invité hier au procès qui examine l’affaire du séisme de Boumerdès, pour apporter les éclaircissements nécessaires sur le phénomène, en sa qualité d’expert.

M. Yelles a passé plus de quatre heures à répondre aux multiples questions du juge, du représentant du ministère public et des nombreux avocats qui se sont succédé à la barre. L’expert rappelle d’abord que tout le Nord algérien connaît un mouvement sismique. Cela se produit en raison de collisions entre les plaques tectoniques. Toute construction sur une terre souple ou à proximité des falaises est déconseillée. «Je ne comprends pas comment les gens continuent à construire sur du remblai et aux côtés des falaises. Le séisme frappe fort dans ces endroits. Il faut absolument éviter cela», fait-il remarquer.

M. Ben Abdellah Redouane, le président du tribunal correctionnel près la cour de Boumerdès, très précis dans ses questions, réplique avec beaucoup de respect pour son interlocuteur : «Les entrepreneurs rejettent la responsabilité sur vous, en vous accusant d’avoir sous-estimé le risque sismique dans la région de Boumerdès puisque vous l’avez classée en zone 2, alors qu’après le séisme, il s’est avéré qu’elle doit être classée en zone 3. Ils estiment que ce n’est pas de leur faute s’ils se sont basés sur le RPA 1988».

«Nous sommes arrivés à la conclusion que tout le nord de l’Algérie est une zone sismique. C’est déjà quelque chose de très important pour nous. Pour le reste, il est vrai que nous avons sous-estimé le risque sismique dans la région de Boumerdès, mais ce n’est pas par ignorance ou incompétence. Nous nous sommes basés sur les connaissances que nous avions à l’époque. Ce zonage correspond à un état de connaissance à un moment donné. Il peut évoluer dans le temps», explique l’expert, précisant toutefois que ce n’est pas le CRRAG qui fait le classement : «Nous donnons nos informations au ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme et c’est lui qui fait le zonage.»

«Cela veut dire que la science de la sismologie n’est pas encore maîtrisée ?» demande un avocat. «C’est comme toutes les sciences. Elle est en évolution», répond le premier responsable du CRRAG. Les avocats demandent à l’expert les raisons de la survenue de grands dégâts dans certains endroits et des dégâts moindres ailleurs. «Quand un séisme frappe, il dégage de l’énergie qui se répand sous forme d’ondes sismiques. Cela entraîne une déformation des zones de manière différente. On a des zones moins déformes que d’autres.»

Aussi, précise l’expert, «les ondes sismiques sont piégées dans certains endroits et, contrairement à ce que peuvent penser certains, cela entraîne l’amplification de la force du séisme et cause de grands dégâts». Le juge demande quels sont ces endroits où les ondes sismiques peuvent être piégées. «Cela se produit dans les régions sédimentaires. C’est pour cela que je trouve anormal que les gens construisent sur du remblai», poursuit l’expert.

Les avocats interviennent pour une autre question : «Et comment expliquer alors l’effondrement total de certains bâtiments et la résistance d’autres, alors que l’ensemble des constructions se trouvent dans un même site, réalisés par un même entrepreneur et avec les mêmes matériaux et méthodes de construction ?» «Je vous dis qu’il y a des facteurs aggravants, comme la nature du sol et le non-respect des règles de construction requises par la réglementation», poursuit M. Yelles. Autre question pour l’expert : «Y a-t-il moyen de savoir que certains bâtiments seront complètement effondrés, d’autres penchés et d’autres seulement fissurés ?». «Non», répond l’expert.

Trois autres personnes ont été entendues hier par le président du tribunal correctionnel près la cour de Boumerdès pour faire leur lecture de l’origine de l’ampleur des dégâts. Il s’agit de Mme Aït Mesbah Saliha, présidente de la première commission mise sur pied par le ministère de l’Habitat et de l’Urbanisme, M. Nasri Ahmed, président de la deuxième commission et M. Balzougui Mohammed, en sa qualité de spécialiste en béton armé.

Les deux expertises concluent que l’ampleur des dégâts est due, en partie, à des erreurs de conception des projets. «Nous avons constaté dans certains bâtiments l’utilisation des poteaux courts dans les rez-de-chaussée et le manque de cloisonnement pour gagner de l’espace [garages, commerces…]. Et cela est grave parce que c’est le rez-de-chaussée qui supporte tout le poids des autres étages supérieurs.»

Les experts appellent cela «les étages souples». «Dans ce genre de construction, nous recommandons la mise en place de voiles en béton armé. Ce qui n’est pas fait», précise M. Aït Mesbah. M. Balzougui évoque des anomalies dans le béton. «A qui incombe la faute ?» demandent les avocats. «On manque de professionnels», répond le spécialiste, sans faire référence à une quelconque partie.

Jeudi 19 juillet 2007 -- Neuvième jour du procès. La justice a demandé la présence de M. Yeles, expert dans le domaine des séismes et directeur général du centre de recherches CRAG. A l’ouverture du procès et durant toute la matinée, le président du tribunal n’a pas manqué d’expliquer à l’assistance que M. Yeles a été convoqué pour donner certains éclaircissements sur le phénomène du séisme régional et international à titre personnel.

Sa présence donc n’est pas pour juger et ou situer les responsabilités dans l’effondrement des bâtiments. Malgré cette précision, les avocats qui se sont succédé à la barre n’ont pas manqué de s’étaler sur des questions ayant trait à la problématique de l’urbanisme et les raisons réelles de l’écroulement des infrastructures.

Chose que le directeur général du GRAG a rejetée, en souhaitant que ce genre d’interrogations soit porté aux gens du domaine. S’agissant des rapports d’expertise établis par la commission d’enquête ministérielle et remettant en cause les normes de construction, les défauts, les erreurs de calcul, la mauvaise étude de sol, la fraude dans les matériaux de construction… M. Yeles refuse de répondre en estimant que les membres de la dite commission peuvent le faire.

A chaque fois, le président du tribunal interpelle la défense pour poser, dit-il, des questions objectives ayant un lien avec le domaine du CRAG. C’est à ce moment-là que maître Bourayou a questionné l’invité expert sur le mouvement du tremblement de Boumerdès.

S’agit-il d’une secousse horizontale ou verticale ? lui demande-t-il. Tous les tremblements commencent d’abord avec des vagues horizontales, puis quelques secondes plus tard ils deviennent verticaux, répond M. Yeles. M. Bourayou enchaîne : alors le tremblement de terre de Boumerdès est-il horizontal ou vertical ? Horizontal d’abord, rétorque M. Yeles, puis vertical, poursuit-il.

M. Bourayou revient à la charge : ce tremblement horizontal est-il à l’origine de l’effondrement des bâtiments. M. Yeles : il faut demander aux spécialistes dans le domaine du bâtiment… Il donne cependant un éclaircissement sur l’orientation de l’onde de choc du séisme de l’est vers le nord, c’est-à-dire de Zemmouri vers Alger, provoquée par l’énergie dégagée par le tremblement.

Un autre avocat interpelle le directeur général du GRAG sur le mouvement des vagues du tremblement qui ont traversé certains sites, c’est-à-dire des projets de construction tombés en ruine après le passage de ces vagues. L’expert répond par la négative car le séisme frappe une région, une localité donnée pas un endroit précis.

A travers les multiples questions posées par les avocats, on peut deviner que la seule préoccupation et de vouloir démontrer, coûte que coûte, qu’aucun accusé n’a une part de responsabilité dans ce drame qui a causé, uniquement pour la wilaya de Boumerdès, 1 300 victimes.

Puisque certains avocats se sont attardés sur des questions liées uniquement aux projets des 122 logements de l’EPLF de Corso ou encore celui de Zemmouri. Mais M. Yeles trouve que ces questions doivent être posées aux membres ayant réalisé la Réglementation parasismique algérienne.

L’invitation du directeur général du CRAG à ce procès démontre que la justice veut jouer pleinement son rôle d’un organisme responsable dans le fond et dans la forme dans ce procès. Chaque élément porté à la connaissance de la justice et de la défense est le bienvenu, répète à chaque fois le président du tribunal.

Enfin, il faut dire que le tremblement de terre de Boumerdès a rappelé qu’en Algérie, il y a encore et toujours beaucoup à faire en matière de respect de normes du génie parasismique. Poursuite du procès aujourd’hui avec la présentation du projet de la Cité universitaire et celui de la promotion immobilière Deriche.

Jeudi 19 Juillet 2007 -- “Nous n’avons pas été associés à l’élaboration du règlement sur le zonage parasismique”, a indiqué, hier, M. Yelles Chaouch, directeur du Centre national de recherche en astronomie et astrophysique et géologie (Craag) précisant que ce code de zonage a été établi par le ministère de l’Habitat et que le rôle du Craag se limitait à fournir des informations.

Maître Benberah, qui posait les questions, revient à la charge pour demander à M. Yelles d’expliquer à l’assistance comment la wilaya de Ouargla a été classée zone zéro, alors qu’elle a été frappée récemment par un séisme. “Cette région se trouve non loin de Gafsa où un accident tonique, il y a quelques années et par conséquent ce séisme, ne pourrait être que le prolongement de cet accident”, explique M. Yelles et d’ajouter que si un séisme se produit au Sahara, ce sera une nouvelle donnée sur l’activité sismique comme c’est le cas en Inde où l’Himâlaya a connu un mouvement de la terre que la carte sismique n’a pas prévu.

Maître Benberah sort de son cartable un document établi par des Américains indiquant que tout le nord de l’Algérie est considéré comme une région sismique et demande à M. Yelles, si le Craag a informé les hautes autorités du pays sur ces données et si elles ont été utilisées pour l’élaboration des différents règlements parasismiques algériens (RPA). M. Yelles avoue l’existence de ce document, mais ses explications, axées notamment sur le manque de précisions du document en question, ne semblent pas convaincre l’avocat. Ce dernier rebondit en demandant au directeur du Craag pourquoi avoir classé Boumerdès zone 2, alors qu’elle devait être classée zone 3. “Cette classification correspondait à un état de connaissance précis à un moment précis”, avant d’ajouter que “cette situation peut évoluer dans le futur, c’est comme le téléphone, du fixe ont est passé au portable,” répond le directeur du Craag.

À ce moment-là, le procureur M. Belhadj Abdallah intervient pour lui demander si on ne s’est pas trompé de zonage. “Non, cette classification correspondait aux données existantes à cette époque”, répond M. Yelles ajoutant que le séisme est une science. “Cette science connaît ce qu’elle connaît, mais ne maîtrise pas ce qu’elle ne connaît pas”, ajoute -t-il. Le même responsable indique que la puissance du séisme n’était pas la seule raison de l’effondrement des constructions, mais de nombreuses anomalies ont été relevées ajoutant que si le RPA en vigueur a été appliqué comme il se doit, les dégâts seraient moindres et il cite l’exemple du Japon où les séismes font très peu de dégâts.

“Ah bon ! Puisque c’est vous qui le dites, donnez-moi des explications sur le séisme qui a frappé le Japon en 1995 et qui a fait 5 000 morts”, l’interpelle Maître Brahimi. Encore une question pertinente de maître Benberah qui demande au directeur du Craag de lui fournir la moindre explication sur les dégâts importants causés à la centrale nucléaire de Kashiwazaki au Japon par un séisme trois fois moins intense de celui de Boumerdès. “Pourtant, cette centrale devait résister 350 fois plus par rapport à un bâtiment de l’EPLF des Issers ou celui de l’OPGI de Corso”.

La question désarçonne M. Yelles qui avoue ne pas avoir de réponse à ce cas précis. Un autre point marqué par les avocats qui ont remis en cause la politique du ministre de l’Habitat qui, selon eux, n’a pas tenu compte du paramètre parasismique lors de l’élaboration des plans d’urbanisme (PDAU) et les plans d’occupation du sol (POS). Maître Bourayou demande au directeur du Craag comment peut-on expliquer que sur un même site et avec la même entreprise et le même type de construction, un bâtiment s’effondre et un autre reste debout. “Il faut avoir des renseignements sur chaque construction et sur la nature du sol”, affirme M. Yelles et d’ajouter que Boumerdès a été frappée par un séisme provoqué par des vagues horizontales et des vagues verticales.

Samedi 21 juillet 2007 -- Le procès marathon du séisme de Boumerdès est à son dixième jour. La séance de jeudi dernier a été entièrement consacrée aux avocats de la partie civile et aux victimes.

Des requêtes écrites ont été remises au juge dans lesquelles est démontré, preuves à l’appui, à quel point le facteur humain a aggravé la catastrophe. Invitées à répondre aux questions du juge, les victimes ont toutes affirmé avoir perçu des indemnisations et des aides de l’Etat. Dans un entretien accordé à El Watan, le Pr Abdelkrim Chelghoum, expert en génie sismique, qui a conduit l’enquête recommandée par l’institution judiciaire sur les dégâts occasionnés par le séisme du 21 mai 2003, relève avec regret qu’aucune leçon n’a été tirée de cette catastrophe. Il estime que les expertises élaborées par les commissions gouvernementales et les experts désignés par la justice étaient de « simples états des lieux ». A ses yeux, il est difficile, voire impossible de déterminer avec exactitude la cause de l’effondrement des bâtisses.

Samedi 21 juillet 2007 -- Le professeur Chelghoum Abdelkrim est spécialiste en génie sismique. Scientifique de renom, diplômé de Stamford, dirigeant un laboratoire spécialisé dans la recherche en sismographie, il a été désigné par la justice pour enquêter sur les dégâts provoqués par le séisme de mai 2003. Il a bien voulu donner son avis sur les enquêtes et les expertises faites pour éclairer le procès qui se déroule actuellement à Boumerdès et qui cherche à définir les responsabilités dans les dégâts occasionnés par la catastrophe de mai 2003.

Que pensez-vous de ce procès, vous qui avez été désigné pour effectuer une enquête pour la justice et est-ce que nous avons tiré tous les enseignements nécessaires du séisme de mai 2003 ?

Les leçons tirées du séisme de mai 2003 sont minimes. Et, faut-il le souligner, le peu que l’Etat s’est efforcé d’apprendre est à mettre sur le compte de la proximité d’Alger, la capitale. Il y a eu Chlef, Mascara, Tipaza, Beni Ouartilane et d’autres tremblements de terre aussi importants les uns que les autres sur le plan pédagogique, mais qui ne nous ont servi à rien. Par conséquent, il faut un débat national sur les lois de l’urbanisme et de l’architecture. Et l’urgence, c’est d’associer tous les professionnels à l’élaboration d’un nouveau code parasismique redéfinissant les nouveaux paramètres avec justifications. Il faut aller en urgence vers des laboratoires de dynamiques capables de fournir des études précises. Il est absolument nécessaire de revoir la réglementation de la maîtrise de l’œuvre et de l’ouvrage. De nouvelles lois doivent être émises pour assurer un fonctionnement sain de ce segment. La mise en place d’un conseil scientifique de la construction figure, à mon avis, parmi les priorités. Nous sommes aujourd’hui au même état d’esprit qu’en 1980 lors du séisme de Chlef. L’EPAU continue à fonctionner avec les programmes des années 1970 et l’Inforba a été fermée.

Que pensez-vous des expertises élaborées par les commissions gouvernementales et les experts désignés par la justice, tendant à définir les causes de l’effondrement des bâtisses suite au séisme de mai 2003 ?

Ce sont plutôt des constats, de simples états des lieux après la catastrophe. D’où leur caractère superficiel. Une expertise est faite en huit mois, minimum. Mais là, nous constatons que les commissions ont travaillé durant un mois seulement. Et du point de vue de la composante de ces commissions, tout reste discutable, car, pour comprendre le phénomène du séisme, il faut avoir un magistère au moins, soit le niveau bac + 8 ou 9. Un architecte n’est pas qualifié pour donner son avis sur la superstructure d’une construction, mais il se trouve que les membres de ces commissions et les experts désignés n’ont pas le profil requis pour livrer une bonne appréciation, car sans sans simulations, il est impossible de dire quelle a été la cause de l’effondrement des bâtisses. Il se trouve que ces commissions et ces experts n’ont même pas fait de procès-verbaux de prélèvement des échantillons analysés. Ce qui donne droit aux accusés de rejeter toutes leurs conclusions.

Personne ne s’est interrogé pourquoi le séisme de mai 2003 n’a frappé que les bâtisses de type R+2 ou R+3. Parce qu’il faut comprendre que pour quantifier un séisme, il faut savoir sa fréquence et sa période au moins. Le séisme de mai 2003 a été d’une basse période et d’une haute fréquence. C’est pour cela qu’il a affecté uniquement les bâtisses de 2 ou 3 étages, à l’exception de Réghaïa où les piliers du rez-de- chaussée étaient sectionnés. Culpabiliser telle ou telle autre personne dans ce genre de travail, ou indiquer des boucs émissaires n’est pas productif. Il faut plutôt tirer des enseignements afin de mettre en place une méthodologie pour parer un éventuel nouveau séisme qui risque de secouer la région. Les expertises réalisées sont infondées. On ne peut pas procéder à l’analyse du béton, lorsque nous n’avons pas encore abordé les explications de fond liées à l’environnement de la construction.

Comment explique-t-on le fait que l’effondrement des bâtisses ne soit pas directement lié à leur situation et à la région épicentrale ?

Cela est dû à ce qu’on appelle l’effet de site. En 1985, j’étais à Mexico, une ville située à 400 km de l’épicentre du séisme, mais où il y a eu d’énormes dégâts. Tandis que près de la zone épicentrale, il y a eu des dégâts moindres. Cela était dû à la nature du sol. La ville est construite sur un lac asséché, donc un sol alluvionnaire et sédimentaire. Nous savons, nous les scientifiques, que l’onde sismique est multipliée par 8 ou 10 lorsqu’elle parvient dans ce genre de sol. Alors qu’à 4 km de l’épicentre, avec des constructions sur un sol rocheux il n’y a pas eu d’effondrement de bâtisses.

Nous avons assisté, dans le cas de Boumerdès, à la même chose. Là où le sol est alluvionnaire et sédimentaire, il y a eu amplification des ondes et liquéfaction même des sols. Comme à Corso, la cité des 1200 Logements… Il y a eu à Zemmouri village une catastrophe et presque pas de dégâts à Zemmouri El Bahri. A Corso, même les silos de l’Eriad, qui sont des ouvrages spéciaux, ont éclaté. Que dire donc des bâtiments ? Cela dit, je ne dis pas qu’il n’y a pas eu d’erreurs, d’irrégularités dans l’acte de construire.

L’expertise de ce seul site a pris à notre groupe, composé de 15 éléments, quelque 13 mois pour une moyenne de 12 heures par jour. Les gens doivent comprendre qu’un séisme de 6,8 est entre modéré et fort. On parle d’un séisme majeur partir de 7,5 degrés. En termes d’effet de site, il y a eu un bon nombre de cas d’écoles, tels Northridge et Lomaprieta aux USA, l’Arménie et Nyagata (Japon) dernièrement.

Samedi 21 juillet 2007 -- Le procès sur les responsabilités ayant causé les destructions d’habitations lors du séisme de Boumerdès tire à sa fin. En effet, le réquisitoire du procureur Belhadj et les plaidoiries des avocats des 37 accusés (le 38e est considéré comme étant en fuite) sont attendus pour la matinée d’aujourd’hui. Lors de la séance du jeudi consacrée à la partie civile, des demandes de dommages ont été présentées. Des victimes ont demandé entre 80 millions de centimes et 50 milliards de centimes. D’autres ont exigé des logements.

Une victime avait réclamé que la SNTF embauche son jeune parent qui a perdu son père à la cité SNTF de Corso. A rappeler que ces victimes sont issues exclusivement des sites objets de ce procès. Certaines d’entre elles ont déploré des pertes très lourdes comme la famille Moussak qui a perdu au site des 50-Logements de Dellys 6 membres. Certaines victimes n’ont pu répondre à la convocation du juge d’instruction, elles n’avaient, par conséquent, pas formulé une plainte en tant que partie civile.

L’introduction de la demande de l’OPGI pour se constituer partie civile a été agréée par le président, ce n’était pas le cas de l’EPLF. Par contre les 400 témoins appelés par la justice, aucun n’a eu à dire quoi que ce soit. Ils se sont contentés, pour ceux qui se sont présentés le premier jour, de répondre à l’appel du président Benabdellah Redouane.

Un autre témoin non moins important n’est pas passé à la barre. Il s’agit du professeur Chelghoum Abdelkrim qui a été entendu plusieurs fois par le juge d’instruction et à qui il avait remis un rapport d’expertise au même magistrat. Il a été par ailleurs cité pour être entendu lors de ce procès. Il n’en fut rien. Pour les observateurs, son rapport ne convenait probablement pas au sens pris par ce procès. La défense aurait raté une aubaine pour fustiger les deux commissions ministérielles.

Témoin privilégié du drame du 21 mai 2003, le spécialiste en génie parasismique habitait la ville de Boumerdès où immédiatement après la catastrophe il avait réuni, selon ses dires, une équipe pour regarder d’un œil avisé les dégâts et, comme il nous l’a confié, il a élaboré une expertise et une analyse globale des phénomènes survenus le 21 mai 2003 et a tiré des conclusions claires et précises expliquant les raisons probables à 90 % des dommages et des effondrements dans les sites de Corso, les Coopératives et la promotion Derriche et ailleurs.

“L’effet de quantification de site n’existe pas dans la réglementation algérienne comme par ailleurs l’étude globale du sol est insuffisante”, constate entre autres le spécialiste du génie parasismique et président du Club des risques. Le tribunal n’a pas jugé utile de débattre publiquement de son rapport, la justice aurait par conséquent, d’après ceux qui suivent ce procès, occulté un avis divergent avec ceux émis par les commissions ministérielles.

Les deux présidents des deux commission ont été entendus pour donner globalement les raisons ayant causé les effondrements. Extensions anarchiques, utilisation des poteaux courts dans la construction alors que cette solution est interdite, plans et études insuffisants, mauvaise qualité des bétons,… sont les quelques carences relevées par l’une des commissions au dire de sa présidente Aït- Mesbah Saliha qui avait effectué trois sorties sur le terrain pour visiter 31 sites de logements collectifs et 33 sites d’équipements publics atteints lors du tremblement de terre. Selon elle, ces sites leur ont été indiqués par la DLEP de Boumerdès.

La défense voulait absolument voir les PV, si ces documents existent, concernant les prélèvements des échantillons de béton faits pour analyses et contrôles. Les avocats n’ont pas manqué à cette occasion d’interroger le président du tribunal correctionnel une autre fois sur la légalité de ces commissions qui fait que des fonctionnaires qui n’ont pas la qualité de police judiciaire qui plus est font partie du personnel du ministère de l’Habitat, la partie accusatrice, élaborent justement un dossier d’accusation.

Maître Bourayou a posé au tribunal une question sur le délai accordé à ces fonctionnaires – 15 jours – pour d’une part sortir sur le terrain, faire des prélèvements, procéder aux analyses et d’autre part consulter les documents techniques relatifs aux projets et rédiger leurs rapports respectifs.

A rappeler que les 38 mis en cause ont été inculpés en application des articles 288 (homicide involontaire de 6 mois à 3 ans de prison plus amende) 289 (blessures involontaires de 2 mois à 2 ans de prison plus amende) 442 (falsification de 10 jours à 10 mois de prison plus amende) 429 (faux usage de faux 2 mois à 3 ans de prison plus amende) du code pénal et l’article 77 de la loi sur l’urbanisme. Au risque de peines de prison encouru, ils pourraient être condamnés à verser des dommages et intérêts aux victimes. Cependant, la procédure leur permet de s’opposer, en appel devant la cour, à d’éventuelles condamnations.

Dimanche 22 juillet 2007 -- Personne ne peut aujourd’hui prouver le contraire, puisque des experts internationaux en matière de construction antisismique ont prouvé, par leurs expertises, que les normes de constructions n’ont pas été respectées. Le procureur de la République près le tribunal de Boumerdès a requis 3 ans de prison ferme et 100 000 dinars d’amende pour 33 accusés impliqués dans l’affaire de l’effondrement des bâtisses lors du séisme de 2003 à Boumerdès.

Le procureur a requis également 2 ans de prison pour deux autres accusés, tandis que 3 autres ont été acquittés par le parquet. Le réquisitoire prononcé contre les accusés a été des plus sévères, puisque toutes les anomalies relevées dans les constructions effondrées par des experts dans le domaine de l’urbanisme ont été évoquées avec beaucoup de précision.

Les témoignages des experts ont été accablants et les documents dans lesquels ils sont notés ont été remis au juge d’instruction, comme ils ont été évoqués lors du réquisitoire. Le procureur de la République a déclaré que les experts en matière de construction antisismique ont déterminé de nombreuses anomalies.

«Il y a faute humaine dans la réalisation des bâtiments. Il y a maladresse dans le suivi des projets, il y a fraude dans les matériaux de construction (ciment, fer, etc.). Il y a absence de respect des normes» , a-t-il relevé. «Le directeur général de l’OPGI de Boumerdès a une part de responsabilité considérable dans l’effondrement des bâtiments et dans la mort de 1 300 personnes» , a estimé le procureur, ajoutant qu’il est regrettable qu’un directeur ne soit pas au courant de ce qui se passe dans son entreprise.

Le même réquisitoire a été fait à l’encontre du directeur de l’EPLF. Le réquisitoire du procureur a duré quatre heures, tous les projets ayant subi un endommagement et figurent dans le procès ayant été évoqués. Il s’agit, entre autres, du projet des 122 logements de Corso, à propos duquel le procureur a déclaré que les 14 entrepreneurs qui ont travaillé sur ce projet doivent payer leurs erreurs.

Surtout lorsqu’on sait que ce projet qui devait être réceptionné en quelques mois n’a été finalisé que 12 ans plus tard. Le procureur a aussi évoqué les projets de Tidjelabine, de Sidi-Daoud et des 60 logements SNTF de Corso. «Toutes les personnes mises en cause dans ces projets sont coupables», a affirmé le procureur de la République, d’autant plus que les témoignages des experts judiciaires assermentés ont établi qu’il y a faute humaine dans l’effondrement des bâtisses.

(à suivre)

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